mercredi 5 avril 2023

« Il les aima jusqu’au bout » / (402,622)

 Bonjour!

Jeudi 6 avril 2023

Voici la Parole de Dieu de ce jour...


ÉVANGILE

« Il les aima jusqu’au bout » (Jn 13, 1-15)

Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus !
Je vous donne un commandement nouveau,
dit le Seigneur :
« Aimez-vous les uns les autres
comme je vous ai aimés. »
Gloire et louange à toi, Seigneur Jésus ! (cf. Jn 13, 34)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Avant la fête de la Pâque,
sachant que l’heure était venue pour lui
de passer de ce monde à son Père,
Jésus, ayant aimé les siens qui étaient dans le monde,
les aima jusqu’au bout.

Au cours du repas,
alors que le diable
a déjà mis dans le cœur de Judas, fils de Simon l’Iscariote,
l’intention de le livrer,
Jésus, sachant que le Père a tout remis entre ses mains,
qu’il est sorti de Dieu et qu’il s’en va vers Dieu,
se lève de table, dépose son vêtement,
et prend un linge qu’il se noue à la ceinture ;
puis il verse de l’eau dans un bassin.
Alors il se mit à laver les pieds des disciples
et à les essuyer avec le linge qu’il avait à la ceinture.
Il arrive donc à Simon-Pierre,
qui lui dit :
« C’est toi, Seigneur, qui me laves les pieds ? »
Jésus lui répondit :
« Ce que je veux faire, tu ne le sais pas maintenant ;
plus tard tu comprendras. »
Pierre lui dit :
« Tu ne me laveras pas les pieds ; non, jamais ! »
Jésus lui répondit :
« Si je ne te lave pas,
tu n’auras pas de part avec moi. »
Simon-Pierre
lui dit :
« Alors, Seigneur, pas seulement les pieds,
mais aussi les mains et la tête ! »
Jésus lui dit :
« Quand on vient de prendre un bain,
on n’a pas besoin de se laver, sinon les pieds :
on est pur tout entier.
Vous-mêmes,
vous êtes purs,
mais non pas tous. »
Il savait bien qui allait le livrer ;
et c’est pourquoi il disait :
« Vous n’êtes pas tous purs. »

Quand il leur eut lavé les pieds,
il reprit son vêtement, se remit à table
et leur dit :
« Comprenez-vous
ce que je viens de faire pour vous ?
Vous m’appelez “Maître” et “Seigneur”,
et vous avez raison, car vraiment je le suis.
Si donc moi, le Seigneur et le Maître,
je vous ai lavé les pieds,
vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres.
C’est un exemple que je vous ai donné
afin que vous fassiez, vous aussi,
comme j’ai fait pour vous. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

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Commentaire...

« Jésus ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout », c’est-à-dire jusqu’au don de sa propre vie. C’est dans sa Passion désormais toute proche, que Notre-Seigneur s’apprête à nous manifester l’absolu de son amour. Cependant la présentation du quatrième évangile suggère que la charité divine nous est davantage encore révélée dans l’anticipation eucharistique du sacrifice rédempteur, qui nous assure sa permanence sacramentelle.

Au cœur de la Révélation de l’amour miséricordieux, se situe, comme son sommet indépassable, le Mystère de la très Sainte Eucharistie dans laquelle l’Agneau demeure disponible, en état d’immolation permanente, tel un sacrifice de propitiation toujours offert pour nos péchés.

Nous ne trouvons pas le récit de l’institution de l’Eucharistie dans l’évangile selon Saint Jean, pour la bonne raison qu’à la fin du premier siècle, celle-ci constituait déjà le cœur de la vie liturgique de la communauté. Mais les commentateurs sont unanimes pour interpréter le lavement des pieds comme un approfondissement du sens de ce que le Christ réalise pour nous dans chaque Messe. Il est d’ailleurs significatif que l’évangéliste situe la scène « au cours du repas », cette expression introduisant généralement les récits de l’institution de l’Eucharistie.

Or ce n’est pas au milieu du repas qu’on lave les pieds des convives, mais à leur arrivée et avant de passer à table. Interrompre la commensalité pour procéder aux ablutions est déjà pour le moins anachronique ; mais quand de plus c’est le président de table qui en prend l’initiative, la situation devient franchement choquante : n’y a-t-il plus assez de serviteurs ou d’esclaves pour remplir ce service qui leur revient ? Il est clair que Jésus a voulu intentionnellement focaliser l’attention sur ce geste pour lui donner un sens prophétique.

Cependant, le bouleversement hiérarchique suggéré par l’attitude de Jésus est franchement insupportable pour Pierre, et on le comprend. L’apôtre perd tous ses repères et ne sait plus comment réagir. Pensez donc : si dans une barque de pécheurs, le chef d’équipe lâchait la barre pour venir ramer avec les autres, l’embarcation ne chavirerait-elle pas ? Si le Maître prend la place du serviteur, lui, le disciple, où doit-il se situer ?

Déjà Simon-Pierre avait été sérieusement bousculé, et même profondément troublé, par les annonces de la Passion, mais cette fois s’en est trop : « Je t’en prie, Seigneur, reste à ta place : « non, tu ne me laveras pas les pieds, jamais ! »

Comment pourrions-nous supporter que le Très-Haut s’abaisse devant nous pour nous laver les pieds ? Comment consentir à une telle humiliation du Tout-Puissant, qui met radicalement en cause toutes nos conceptions de Dieu ?

Peut-être aussi l’attitude de Jésus exprime-t-elle avec une telle force le prix que nous avons à ses yeux, que cette prise de conscience nous est insupportable : nous pressentons bien la démesure entre le profond respect du Christ pour nous et l’abîme de péché qui nous habite.

Et pourtant, ce simple geste n’est rien à côté de ce que Jésus réalise pour chacun de nous dans chaque Eucharistie. Car c’est bien dans l’état d’esclave qu’il se propose à nous sous les apparences du Pain et du Vin : « Ceci est mon Corps livré pour vous ; mon Sang versé pour vous et pour la multitude, en rémission des péchés. » Sans rien exiger en retour, Jésus nous offre le mémorial de sa Passion pour que nous puissions bénéficier sans cesse du fruit de sa Rédemption.

Non, ce ne sont pas seulement nos pieds que Jésus veut laver : c’est tout entier qu’il veut nous purifier, en nous incorporant à lui par la communion eucharistique.

Telle est la logique déconcertante de la Croix : c’est en consentant à se laisser engloutir dans la gueule de la mort que Notre-Seigneur en triomphe ; de même c’est en se laissant incorporer dans notre humanité marquée par le péché, que Jésus nous libère, nous sauve, nous guérit. A chaque communion, nous permettons un peu plus au Seigneur de réaliser le mystère de l’incarnation rédemptrice dans notre vie personnelle : c’est bien réellement qu’il fait sa demeure dans nos cœurs, d’où il investit les facultés de notre âme, pour nous atteindre jusque dans notre corps, tant son union est personnelle et intégrale, et nous touche dans toutes les dimensions de notre être.

« C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ».

 Si le lavement des pieds pouvait nous laisser l’illusion d’un service transitoire, au terme duquel nous pourrions « rendre notre tablier » et reprendre notre indépendance, l’interprétation eucharistique du geste nous ramène à une toute autre réalité. Dans l’Eucharistie, Jésus demeure pour toujours en état d’oblation permanente. Le ministère de serviteur devrait donc être pour le chrétien un état permanent ; nous devrions être à chaque instant, comme Jésus eucharistie, dans un total renoncement à nous-mêmes et un engagement de tout notre être au service des autres : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ».

 Une telle exigence est bien sûr infiniment au-dessus de nos forces, le Seigneur le sait bien. C’est précisément pour cela qu’il a institué le sacrement de l’Eucharistie, afin de pouvoir lui-même accomplir en nous le précepte de l’amour. C’est en effet dans la mesure où nous nous unissons au Cœur eucharistique du Christ, que nous lui permettons d’opérer ce débordement « ad extra » de l’amour trinitaire, que nous appelons charité fraternelle.

Que ce triduum pascal soit pour nous l’occasion de faire un examen de conscience sur notre hiérarchie de valeurs : « Vous m’appelez “Maître” et “ Seigneur ” et vous avez raison, car vraiment je le suis. Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous ». Heureux celui qui entend ces paroles et les met en pratique : il est déjà ressuscité, car seul l’Esprit du Christ peut accomplir en nous les préceptes qu’il nous confie.


Abbé Philippe Link / Merci!

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Bonne journée!

Jean-Yves 

mardi 4 avril 2023

« Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit ; mais malheureux celui par qui il est livré ! »,/ (402,588)

 Bonjour!

Mercredi 5 avril 2023

Voici la parole de Dieu de ce jour...


ÉVANGILE

« Le Fils de l’homme s’en va, comme il est écrit ; mais malheureux celui par qui il est livré ! » (Mt 26, 14-25)

Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !
Salut, ô Christ notre Roi :
obéissant au Père,
comme l’agneau vers l’abattoir
tu te laisses conduire à la croix.
Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
          l’un des Douze, nommé Judas Iscariote,
se rendit chez les grands prêtres
          et leur dit :
« Que voulez-vous me donner,
si je vous le livre ? »
Ils lui remirent trente pièces d’argent.
          Et depuis, Judas cherchait une occasion favorable
pour le livrer.

          Le premier jour de la fête des pains sans levain,
les disciples s’approchèrent et dirent à Jésus :
« Où veux-tu que nous te fassions les préparatifs
pour manger la Pâque ? »
          Il leur dit :
« Allez à la ville, chez untel,
et dites-lui :
“Le Maître te fait dire :
Mon temps est proche ;
c’est chez toi que je veux célébrer la Pâque
avec mes disciples.” »
          Les disciples firent ce que Jésus leur avait prescrit
et ils préparèrent la Pâque.

          Le soir venu,
Jésus se trouvait à table avec les Douze.
          Pendant le repas, il déclara :
« Amen, je vous le dis :
l’un de vous va me livrer. »
          Profondément attristés,
ils se mirent à lui demander, chacun son tour :
« Serait-ce moi, Seigneur ? »
          Prenant la parole, il dit :
« Celui qui s’est servi au plat en même temps que moi,
celui-là va me livrer.
                   Le Fils de l’homme s’en va,
comme il est écrit à son sujet ;
mais malheureux celui
par qui le Fils de l’homme est livré !
Il vaudrait mieux pour lui qu’il ne soit pas né,
cet homme-là ! »
          Judas, celui qui le livrait,
prit la parole :
« Rabbi, serait-ce moi ? »
Jésus lui répond :
« C’est toi-même qui l’as dit ! »

                 – Acclamons la Parole de Dieu.

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Commentaire...

Alors que Judas mène ses tractations secrètes avec les chefs des prêtres, Jésus révèle au grand jour leur complot : « L’un de vous va me livrer ». Judas marchande avec les ennemis du Seigneur sur le prix de sa trahison ; Jésus annonce qu’il livre sa vie gratuitement : « Ma vie nul ne la prend mais c’est moi qui la donne » (Jn 10, 17). Judas est à l’affût d’une occasion favorable pour livrer son Maître ; Notre-Seigneur prend l’initiative et déclare : « Mon temps est proche. L’heure est venue : voici que le Fils de l’homme va être livré aux mains des pécheurs » (Mc 14, 41). Les hommes tendent leurs filets, croyant saisir Jésus à l’improviste, mais ils n’auraient aucun pouvoir sur lui, si cela ne leur avait pas été donné d’en haut (cf. Jn 19, 11). Certes, « il vient le Prince de ce monde », c’est lui qui est déjà à l’œuvre à travers ces complots mortels ; « mais il n’a aucun pouvoir » sur Jésus (cf. Jn 14, 30). Notre-Seigneur, parfaitement uni à son Père dans l’Esprit, maîtrise le déroulement des événements qui conduisent à un rythme accéléré vers la Passion.

Cette maîtrise n’est cependant pas en vue d’une « reprise en main » d’une initiative qui lui aurait échappé. Jésus n’utilise la connaissance infuse qu’il possède sur l’évolution du drame, que pour consentir librement à chaque étape de son déroulement, pour répondre à chaque action négative menée contre lui, par une parole d’amour sur laquelle la vague déferlante de haine vient s’écraser sans parvenir à l’ébranler.

La dernière Pâque préfigurative que le Maître a célébrée au milieu des siens, et au cours de laquelle il a institué l’Eucharistie, devait être pénétrée à la fois d’une profonde joie et d’un recueillement empreint de tristesse. Joie du Seigneur, pleinement conscient qu’il s’apprête à sauver le monde ; tristesse à la pensée du désarroi que son départ va causer dans le groupe des disciples ; tristesse en raison de la souffrance que sa Passion va causer à ceux qu’il aime, en particulier bien sûr sa Mère ; tristesse devant la trahison de son apôtre qu’il avait choisi avec amour, et que jusqu’au bout il aura entouré d’une tendresse toute particulière afin qu’il ne sombre pas, même après avoir commis l’irréparable.

Si Jésus avertit ses apôtres : « Amen je vous le dis : l’un de vous va me livrer », ce n’est pas pour jeter le trouble, ni invoquer sur lui l’apitoiement. Mais pour avertir les disciples de tous les temps des ruses de l’ennemi qui rôde comme un lion, cherchant qui dévorer (cf. 1 P 5, 8). Ce qu’il suggère dans les ténèbres, Jésus le révèle au grand jour afin que nous puissions nous appuyer sur cette connaissance pour combattre victorieusement « fermes dans la foi » (Ibid.).

Il y a mille manières de trahir. En vendant son Maître, c’est-à-dire en le trahissant ouvertement et en rompant le lien de compagnonnage avec lui ; en décriant publiquement sa doctrine, son style de vie, sa personne, son Eglise. Mais cela peut se faire aussi plus subtilement, en diluant son message, en consentant à des compromissions, en relativisant le caractère surnaturel et unique de la révélation qu’il nous apporte, en mélangeant sa doctrine avec des apports d’autres traditions avec lesquelles l’Evangile est mis sur un pied d’égalité…

« Serait-ce moi, Seigneur ? » demandons-nous, attristés et inquiets. « C’est toi qui l’as dit ! » Poser la question trahit que nous nous sentons concernés, et pour cause : qui n’a pas été tenté par les interprétations réductrices de la foi, ou par le syncrétisme tellement prisé de nos jours ? Souvenons-nous que jamais Jésus n’a retiré son amour à Judas : au moment où celui-ci le trahissait par un baiser, c’est du nom de « mon ami » qu’il l’a accueilli (Mt 26, 50). Quelque soit notre parcours, revenons de tout notre cœur à celui qui nous attend, pour nous combler de sa grâce.

Non, le Christ n’est pas un « produit » parmi d’autres dans le supermarché du « spirituel » ; il est l’unique Sauveur de tous les hommes, car « nul ne connaît le Père sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler ». Tout notre pèlerinage sur terre n’a d’autre finalité que de découvrir son visage, de naître à la vie divine par la foi qui nous unit à lui dans une communion d’amour, et de le suivre dans l’espérance de le rejoindre bientôt dans la maison du Père.

Non, la foi n’est pas une option secondaire et l’apostasie un simple changement de parcours dans une quête spirituelle subjective et strictement privée : « Malheureux l’homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Il vaudrait mieux que cet homme-là ne soit pas né ! » Il nous faut entendre ce cri de douleur de l’amour rédempteur : « Qu’il est malheureux celui qui, ayant rencontré son Sauveur, s’en détourne pour prendre d’autres voies. Qu’il est à plaindre celui qui est rené d’eau et d’Esprit, mais qui oublie son baptême, le considère comme peu de choses : il aurait mieux valu pour lui qu’il ne soit pas né dans les eaux baptismales et qu’il ne soit pas marqué par le sceau du saint chrême, car son ignorance aurait plaidé en sa faveur, alors que maintenant sa négligence, sa tiédeur et son ingratitude l’accusent ».

Pourtant il n’est jamais trop tard : « Il est proche celui qui me justifie » (1ère lect.). Un seul regard de foi vers celui que nous avons transpercé suffit à libérer sa miséricorde et à nous guérir de la blessure de la trahison. « Car le Seigneur écoute les humbles, il n’oublie pas les siens emprisonnés. Aussi je louerai le nom de Dieu par un cantique, je vais le magnifier, lui rendre grâce pour sa patience et sa miséricorde. Les pauvres l’ont vu, ils sont en fête : “Vie et joie à vous qui cherchez Dieu” (Ps 68) ».

Puisque tu as voulu, Seigneur, que ton Fils fût crucifié pour nous afin de nous arracher au pouvoir de Satan, mets en œuvre ta miséricorde, pour qu’en célébrant la Passion de ton Fils, nous entrions dans son mystère d’amour et puissions recevoir la grâce de la résurrection.


Abbé Philippe Link / Merci!

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Autre texte produit par un prêtre canadien...

Commentaire: Abbé Higinio Rafael ROSOLEN IVE (Cobourg, Ontario, Canada)

«Serait-ce moi ?»

A

ujourd'hui, l'Évangile nous présente trois scènes: la trahison de Judas, les préparatifs pour célébrer la Pâque et la Cène avec les Douze.

Le mot «livrer» («paradidōmi» en grec) est répété six fois et sert de lien entre ces trois moments: (I) quand Judas livre Jésus; (II) Pâques, qui est une figure du sacrifice de la croix, où Jésus donne sa vie; et (III) la Dernière Cène, dans laquelle la livraison de Jésus est manifestée, qui s'accomplira sur la Croix.

Nous voulons nous arrêter ici à la Cène pascale, où Jésus-Christ manifeste que son corps sera donné et son sang versé. Ses paroles: «Je vous le dis: l'un de vous va me livrer» (Mt 26, 20) invite chacun des Douze, et surtout Judas, à un examen de conscience. Ces paroles sont étendues à nous tous, qui avons également été appelés par Jésus. Elles sont une invitation à réfléchir sur nos actions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises; notre dignité; demandez-nous ce que nous faisons en ce moment de nos vies; où nous allons et comment nous avons répondu à l'appel de Jésus. Nous devons nous répondre avec sincérité, humilité et franchise.

Souvenons-nous que nous pouvons cacher nos péchés aux autres, mais nous ne pouvons pas les cacher à Dieu, qui voit en secret. Jésus, vrai Dieu et homme, voit et sait tout. Il sait ce qu'il y a dans nos cœurs et ce dont nous sommes capables. Rien n'est caché à ses yeux. Évitons de nous tromper, et ce n'est qu'après avoir été sincère avec nous-mêmes que nous devrions nous tourner vers le Christ et lui demander «Serait-ce moi ? (Mt 26,22). Gardons à l'esprit ce que dit le Pape François: «En nous aimant, Jésus nous invite à nous laisser réconcilier avec Dieu et à revenir à lui pour nous redécouvrir».

Regardons Jésus, écoutons ses paroles et demandons la grâce de nous donner en nous joignant à son sacrifice sur la croix.


Pensées pour l'évangile d'aujourd'hui

  • « Béni sois-tu, mon Seigneur Jésus-Christ, qui a annoncé ta mort à l’avance et, lors de la dernière Cène, a consacré le pain matériel, le transformant en ton corps glorieux, et par amour tu l’as donné aux apôtres en mémoire de ta plus digne Passion, et tu leur as lavé les pieds avec tes saintes mains précieuses, montrant ainsi humblement ta plus grande humilité » (Sainte Brigitte)

  • « Dans les prochains jours nous commémorerons la confrontation suprême entre la Lumière et les Ténèbres. Nous devons nous aussi nous situer dans ce contexte, conscients de notre "nuit", de nos fautes et responsabilités, si nous voulons revivre le Mystère Pascal avec un bénéfice spirituel » (Benoît XVI)

  • « Jésus a choisi le temps de la Pâque pour accomplir ce qu’il avait annoncé à Capharnaüm : donner à ses disciples son Corps et son Sang » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1.339)

Bonne journée!

Jean-Yves


lundi 3 avril 2023

« L’un de vous me livrera… Le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois » / (402,546)

 Bonjour!

Mardi 4 avril 2023

Voici la Parole de Dieu de ce jour...


ÉVANGILE

« L’un de vous me livrera… Le coq ne chantera pas avant que tu m’aies renié trois fois » (Jn 13, 21-33.36-38)

Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !
Salut, ô Christ, notre Roi :
obéissant au Père ;
comme l’agneau vers l’abattoir,
tu te laisses conduire à la croix.
Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

En ce temps-là,
au cours du repas que Jésus prenait avec ses disciples,
          il fut bouleversé en son esprit,
et il rendit ce témoignage :
« Amen, amen, je vous le dis :
l’un de vous me livrera. »
          Les disciples se regardaient les uns les autres avec embarras,
ne sachant pas de qui Jésus parlait.
          Il y avait à table, appuyé contre Jésus,
l’un de ses disciples, celui que Jésus aimait.
          Simon-Pierre lui fait signe de demander à Jésus
de qui il veut parler.
          Le disciple se penche donc sur la poitrine de Jésus
et lui dit :
« Seigneur, qui est-ce ? »
          Jésus lui répond :
« C’est celui à qui je donnerai la bouchée
que je vais tremper dans le plat. »
Il trempe la bouchée,
et la donne à Judas, fils de Simon l’Iscariote.
          Et, quand Judas eut pris la bouchée,
Satan entra en lui.
Jésus lui dit alors :
« Ce que tu fais, fais-le vite. »
          Mais aucun des convives ne comprit
pourquoi il lui avait dit cela.
          Comme Judas tenait la bourse commune,
certains pensèrent que Jésus voulait lui dire
d’acheter ce qu’il fallait pour la fête,
ou de donner quelque chose aux pauvres.
          Judas prit donc la bouchée, et sortit aussitôt.
Or il faisait nuit.

          Quand il fut sorti, Jésus déclara :
« Maintenant le Fils de l’homme est glorifié,
et Dieu est glorifié en lui.
                   Si Dieu est glorifié en lui,
Dieu aussi le glorifiera ;
et il le glorifiera bientôt.

                   Petits enfants,
c’est pour peu de temps encore
que je suis avec vous.
Vous me chercherez,
et, comme je l’ai dit aux Juifs :
“Là où je vais,
vous ne pouvez pas aller”,
je vous le dis maintenant à vous aussi. »

          Simon-Pierre lui dit :
« Seigneur, où vas-tu ? »
Jésus lui répondit :
« Là où je vais,
tu ne peux pas me suivre maintenant ;
tu me suivras plus tard. »
          Pierre lui dit :
« Seigneur, pourquoi ne puis-je pas te suivre à présent ?
Je donnerai ma vie pour toi ! »
          Jésus réplique :
« Tu donneras ta vie pour moi ?
Amen, amen, je te le dis :
le coq ne chantera pas
avant que tu m’aies renié trois fois. »

                        – Acclamons la Parole de Dieu.

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Commentaire...

Le « cas » de Judas est troublant. Certes, il a trahi la confiance de son Maître ; il l’a lâchement vendu pour quelques pièces d’argent. Mais que se serait-il passé s’il était demeuré fidèle ? Y aurait-il eu un autre « Judas » ? Un autre apôtre aurait-il trahi le Seigneur ? Mais alors, s’il fallait nécessairement quelqu’un qui le dénonce pour que Jésus puisse sauver les hommes par sa mort rédemptrice, le pauvre traître – dont on ne sait plus trop s’il est coupable ou victime ! – serait-il prédestiné à cette redoutable « mission » ?

Nous pourrions sans aucun doute allonger la liste de ce genre de questions encombrantes : et si les responsables religieux ne s’étaient pas obstinés dans leur refus de reconnaître en Jésus le Messie, comment aurait-il accompli la Pâque ? Quelle est la part de responsabilité de Caïphe ou de Pilate ? Ont-ils agi librement ou étaient-ils manipulés par la « Providence » divine qui conduisait les événements de manière à ce que « le Fils de l’Homme soit élevé de terre, et puisse tout attirer vers lui » ?

Nous pressentons bien que ces questions vont rester sans réponse. Il est hors de question que les acteurs du drame n’aient été que des pantins entre les mains de Dieu : si celui-ci se permettait d’annuler ainsi la liberté des hommes pour faire aboutir ses projets, n’eût-il pas été plus simple et plus logique de les empêcher de pécher ? Cela nous aurait évité bien des ennuis et eut épargné à Jésus les horreurs de la Croix.

Il est sans doute plus sage de renoncer à vouloir « rationaliser » le mystère. Le drame de la Passion est un tout, une action unique à laquelle concourent nombre de libertés. Jésus lui-même souligne que les responsabilités sont inégalement partagées : « Celui qui m’a livré à toi est chargé d’un péché plus grave » (Jn 19, 11). Le comparatif signifie clairement que Pilate est responsable, même si les juifs qui lui ont livré Jésus le sont davantage. Il faut sans doute en dire autant pour tous les acteurs, à commencer par Judas. C’est librement qu’il a trahi celui qui l’avait choisi pour « être avec lui », et qui jusqu’au bout lui manifestera une amitié de prédilection. Offrir une bouchée après l’avoir trempée dans le plat commun est en effet un geste par lequel le Maître de maison honore particulièrement un convive de marque. 

Or l’évangéliste précise que c’est précisément « quand Judas eut pris la bouchée, que Satan entra en lui ». Ce qui suggère que Judas a reconnu l’intention de Jésus, mais a délibérément refusé de s’ouvrir à son amour : « quand il eut pris la bouchée, il sortit aussitôt ; il faisait nuit »…

N’est-ce pas parce qu’il nous révèle le « poids » de notre propre liberté – et donc de notre responsabilité – que ce récit de la trahison nous met mal à l’aise ? Si nous parvenions à épuiser les raisons du choix de Judas, peut-être pourrions-nous nous convaincre que nous ne sommes pas de son camp et que nous ne risquons pas de le suivre dans sa voie fatale ? Mais comme les questions demeurent ouvertes, nous nous sentons tout à coup extrêmement vulnérables : et si moi aussi je venais à trahir ? Peut-être comme Pierre protestons-nous vivement devant cette éventualité : « Seigneur, je donnerai ma vie pour toi » ; et nous sommes sans aucun doute sincères en le disant. Mais savons-nous de quoi sera fait demain ? « Amen, amen, je te le dis : le coq ne chantera pas avant que tu ne m’aies renié trois fois ».

 La différence entre Judas et Pierre, est que le premier est sorti de la présence de Jésus et s’est enfoncé dans les ténèbres de la mort, alors que le second, même au cœur de sa trahison, est resté dans le rayonnement de la miséricorde du Seigneur : « Se retournant, Jésus posa son regard sur Pierre ; et Pierre se rappela la parole que le Seigneur lui avait dite. Il sortit et pleura amèrement » (Lc 22, 61-62).

Puisse Dieu notre Père nous garder fidèles ; et si par malheur nous aussi nous venions à trahir Jésus, que l’Esprit Saint nous accorde les larmes d’un sincère repentir.


Abbé Philippe Link / Merci!



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Bonne journée!

Jean-Yves 

dimanche 2 avril 2023

« Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement» !

Bonjour!

Lundi 3 avril 2023

Voici la Parole de Dieu de ce jour... 



ÉVANGILE

« Laisse-la observer cet usage en vue du jour de mon ensevelissement ! » (Jn 12, 1-11)

Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !
Salut, ô Christ, notre Roi :
toi seul as pris en pitié nos égarements.
Louange à toi, Seigneur,
Roi d’éternelle gloire !

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Six jours avant la Pâque,
Jésus vint à Béthanie où habitait Lazare,
qu’il avait réveillé d’entre les morts.
          On donna un repas en l’honneur de Jésus.
Marthe faisait le service,
Lazare était parmi les convives avec Jésus.

          Or, Marie avait pris une livre d’un parfum très pur
et de très grande valeur ;
elle répandit le parfum sur les pieds de Jésus,
qu’elle essuya avec ses cheveux ;
la maison fut remplie de l’odeur du parfum.
          Judas Iscariote, l’un de ses disciples,
celui qui allait le livrer,
dit alors :
                   « Pourquoi n’a-t-on pas vendu ce parfum
pour trois cents pièces d’argent,
que l’on aurait données à des pauvres ? »
          Il parla ainsi, non par souci des pauvres,
mais parce que c’était un voleur :
comme il tenait la bourse commune,
il prenait ce que l’on y mettait.
          Jésus lui dit :
« Laisse-la observer cet usage
en vue du jour de mon ensevelissement !
                   Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous,
mais moi, vous ne m’aurez pas toujours. »

          Or, une grande foule de Juifs apprit que Jésus était là,
et ils arrivèrent, non seulement à cause de Jésus,
mais aussi pour voir ce Lazare
qu’il avait réveillé d’entre les morts.
          Les grands prêtres décidèrent alors
de tuer aussi Lazare,
          parce que beaucoup de Juifs, à cause de lui,
s’en allaient, et croyaient en Jésus.

                        – Acclamons la Parole de Dieu.

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Commentaire...

Étrange coutume que celle d’embaumer les morts ! Il ne s’agissait pas seulement de les oindre de parfum pour atténuer l’odeur nauséabonde de la décomposition progressive du corps inanimé. L’embaumement était un art subtil et très onéreux, réservé aux personnages importants tels que les rois et les membres de leur famille. Les momies des pharaons retrouvés intactes dans les pyramides après autant de siècles, suscitent encore notre émerveillement.

Mais pourquoi faire tant de cas d’une dépouille mortelle ? Il faut sans doute interpréter cet acte de piété comme une protestation contre la mort et une expression du désir d’immortalité qui nous habite tous. Comment les égyptiens auraient-ils pu accepter que le corps de leur pharaon se décompose alors qu’ils le tenaient pour un être divin ?

Sur cet arrière-fond, le geste de Marie risque de devenir franchement déplacé : embaumer un vivant est pour le moins morbide ! Pourtant, contre toute attente, Jésus confirme l’interprétation funéraire de son geste : prenant la défense de la sœur de Lazare et de Marthe contre Judas qui lui reprochait cette dépense inconsidérée, Notre-Seigneur tout au contraire approuve l’initiative de Marie : « Laisse-la observer cet usage
en vue du jour de mon ensevelissement ! ». Le lien avec la Passion est explicite ; il avait d’ailleurs déjà été suggéré par l’évangéliste dans la précision temporelle au début de la péricope : « Six jours avant la Pâque ». Mais alors comment Jésus peut-il confirmer un geste à ce point anachronique ?

L’approbation du Seigneur nous pousse à chercher un sens plus profond à cette action déconcertante. Marie, avec l’intuition sûre de l’amour, a interprété la réanimation de son frère comme le signe de la victoire de Jésus sur cette mort si redoutée. Dès lors son geste est une confession de foi qui répond à la question que Jésus avait posée à sa sœur quelques jours plus tôt : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; et tout homme qui vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11, 25-26).

Si Jésus est la résurrection, alors son corps ne risque pas de connaître la corruption ; il est dès lors inutile de garder ce baume précieux pour en oindre un cadavre sur lequel la mort n’aura aucun pouvoir : mieux vaut l’offrir au Vivant comme une onction d’allégresse.

Les effluves nauséabonds qui empêchaient d’ouvrir le tombeau de Lazare – « Seigneur il sent déjà ! » – cèdent la place à « l’odeur du parfum qui remplit la maison » de la vie victorieuse et de la fraternité retrouvée.

Tel est le grand miracle que le Seigneur est venu accomplir pour chacun de nous : il a arraché le voile de deuil et de tristesse qui recouvrait notre visage ; il nous a libérés de la gueule de la mort qui nous tenait enfermés dans la peur ; il nous a ouvert les portes de la vie.

Désencombrés de cette angoisse mortelle, nous pouvons nous aussi verser « sur les pieds de Jésus le parfum très pur et de grande valeur » de notre amour, et remplir « la maison » de l’Église de la bonne odeur de nos œuvres de charité. Alors de grandes foules, apprenant que le Seigneur est au milieu de nous, viendront pour voir les prémisses de cette humanité nouvelle, arrachée à la mort du péché, et rétablie dans sa capacité d’aimer.


Abbé Philippe Link // Merci!

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Bonne journée!

Jean-Yves 


Pensées pour l'évangile d'aujourd'hui

  • « Oh quel cadeau si précieux que la Croix ! Quelle splendide apparence elle a ! Elle n’a pas, tel l’arbre du paradis, le bien et le mal mélangés. C’est un arbre qui engendre la vie, sans causer la mort ; qui illumine sans produire d’ombres ; qui introduit dans le paradis, sans expulser personne » (Saint Théodore le Studite)

  • « L’amour ne calcule pas, ne mesure pas, n’épargne aucune dépense, ne met pas de barrières, par contre il sait donner avec joie, il cherche uniquement le bien de l’autre, il vainc la méchanceté, l’avarice, les rancœurs, l’entêtement que l’homme porte parfois dans son cœur » (Benoît XVI)

  • « Jésus fait sienne cette parole : " Les pauvres, en effet, vous les aurez toujours avec vous : mais moi, vous ne m’aurez pas toujours " (Jn 12, 8). Par là il ne rend pas caduque la véhémence des oracles anciens : " Parce qu’ils vendent le juste à prix d’argent et le pauvre pour une paire de sandales ... " (Am 8, 6), mais il nous invite à reconnaître sa présence dans les pauvres qui sont ses frères » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, nº 2.449)

samedi 1 avril 2023

Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu / (402,487)

 Bonjour!

Dimanche 2 avril 2023

Dimanche des Rameaux

Voici la Parole de Dieu de ce dimanche...

(Lecture de la Passion)



ÉVANGILE

Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu (Mt 27, 11-54)

La Passion de notre Seigneur Jésus Christ selon saint Matthieu

Les sigles désignant les divers interlocuteurs sont les suivants :
X. = Jésus ; L = Lecteur ; D = Disciples et amis ; F = Foule ; A = Autres personnages.


    L. On fit comparaître Jésus devant Pilate, le gouverneur,
qui l’interrogea :
A. « Es-tu le roi des Juifs ? »
L. Jésus déclara :
X.  « C’est toi-même qui le dis. »
    L. Mais, tandis que les grands prêtres et les anciens l’accusaient,
il ne répondit rien.
    Alors Pilate lui dit :
A. « Tu n’entends pas tous les témoignages portés contre toi ? »
    L. Mais Jésus ne lui répondit plus un mot,
si bien que le gouverneur fut très étonné.
    Or, à chaque fête, celui-ci avait coutume de relâcher un prisonnier,
celui que la foule demandait.
    Il y avait alors un prisonnier bien connu, nommé Barabbas.
    Les foules s’étant donc rassemblées,
Pilate leur dit :
A. « Qui voulez-vous que je vous relâche :
Barabbas ? ou Jésus, appelé le Christ ? »
    L. Il savait en effet que c’était par jalousie qu’on avait livré Jésus.
    Tandis qu’il siégeait au tribunal,
sa femme lui fit dire :
A. « Ne te mêle pas de l’affaire de ce juste,
car aujourd’hui j’ai beaucoup souffert en songe à cause de lui. »
    L. Les grands prêtres et les anciens poussèrent les foules
à réclamer Barabbas
et à faire périr Jésus.
    Le gouverneur reprit :
A. « Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? »
L. Ils répondirent :
F. « Barabbas ! »
    L. Pilate leur dit :
A. « Que ferai-je donc de Jésus
appelé le Christ ? »
L. Ils répondirent tous :
F. « Qu’il soit crucifié ! »
    L. Pilate demanda :
A. « Quel mal a-t-il donc fait ? »
L. Ils criaient encore plus fort :
F. « Qu’il soit crucifié ! »
    L. Pilate, voyant que ses efforts ne servaient à rien,
sinon à augmenter le tumulte,
prit de l’eau et se lava les mains devant la foule,
en disant :
A. « Je suis innocent du sang de cet homme :
cela vous regarde ! »
    L. Tout le peuple répondit :
F. « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! »
    L. Alors, il leur relâcha Barabbas ;
quant à Jésus, il le fit flageller,
et il le livra pour qu’il soit crucifié.

    Alors les soldats du gouverneur emmenèrent Jésus dans la salle du Prétoire
et rassemblèrent autour de lui toute la garde.
    Ils lui enlevèrent ses vêtements
et le couvrirent d’un manteau rouge.
    Puis, avec des épines, ils tressèrent une couronne,
et la posèrent sur sa tête ;
ils lui mirent un roseau dans la main droite
et, pour se moquer de lui, ils s’agenouillaient devant lui en disant :
F. « Salut, roi des Juifs ! »
    L. Et, après avoir craché sur lui, ils prirent le roseau,
et ils le frappaient à la tête.
    Quand ils se furent bien moqués de lui,
ils lui enlevèrent le manteau,
lui remirent ses vêtements,
et l’emmenèrent pour le crucifier.

    En sortant, ils trouvèrent un nommé Simon, originaire de Cyrène,
et ils le réquisitionnèrent pour porter la croix de Jésus.
    Arrivés en un lieu dit Golgotha,
c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire),
    ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ;
il en goûta, mais ne voulut pas boire.
    Après l’avoir crucifié,
ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;
    et ils restaient là, assis, à le garder.
    Au-dessus de sa tête
ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation :
« Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
    Alors on crucifia avec lui deux bandits,
l’un à droite et l’autre à gauche.
    Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;
    ils disaient :
F. « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours,
sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu,
et descends de la croix ! »
    L. De même, les grands prêtres se moquaient de lui
avec les scribes et les anciens, en disant :
    A. « Il en a sauvé d’autres,
et il ne peut pas se sauver lui-même !
Il est roi d’Israël :
qu’il descende maintenant de la croix,
et nous croirons en lui !
    Il a mis sa confiance en Dieu.
Que Dieu le délivre maintenant,
s’il l’aime !
Car il a dit :
‘Je suis Fils de Dieu.’ »
    L. Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.

    À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi),
l’obscurité se fit sur toute la terre
jusqu’à la neuvième heure.
    Vers la neuvième heure,
Jésus cria d’une voix forte :
X.  « Éli, Éli, lema sabactani ? »,
L. ce qui veut dire :
X.  « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
    L. L’ayant entendu,
quelques-uns de ceux qui étaient là disaient :
F. « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
    L. Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge
qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ;
il la mit au bout d’un roseau,
et il lui donnait à boire.
    Les autres disaient :
F. « Attends !
Nous verrons bien si Élie vient le sauver. »
    L. Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri,
rendit l’esprit.

(Ici on fléchit le genou et on s’arrête un instant)

    Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux,
depuis le haut jusqu’en bas ;
la terre trembla et les rochers se fendirent.
    Les tombeaux s’ouvrirent ;
les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,
    et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus,
ils entrèrent dans la Ville sainte,
et se montrèrent à un grand nombre de gens.
    À la vue du tremblement de terre et de ces événements,
le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus,
furent saisis d’une grande crainte et dirent :
A. « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »

    – Acclamons la Parole de Dieu.

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Commentaire...

Nous avons acclamé un roi et nous venons à l’instant de nous prosterner devant un crucifié. Nous avons ouvert les portes pour une entrée triomphale, mais le trône préparé était en fait une croix, et la couronne était faite d’épines. Nous avons chanté le Roi de Gloire, et sans aucune transition, – c’est toute la force de cette liturgie des Rameaux – sans aucune transition nous avons contemplé son silence et son anéantissement dans sa Passion.

Pourquoi un tel choc entre la Gloire et la Croix ? Cette croix est-elle un accident ? Non, nous dit la liturgie. La Croix n’est pas, n’est plus seulement, un accident absurde, mais une clé, une clé divine, la clé de notre salut.

Apparemment écrasé par les événements, Jésus, en fait, s’avance librement, dans une stupéfiante dignité, nous l’avons vu, nous l’avons contemplé dans ce récit de la Passion. Il s’avance librement vers cette croix et il la saisit comme une clé, la clé de toute l’Histoire, le moyen du salut tel que seule l’infinie intelligence divine, pouvait le concevoir. Par sa Croix, Dieu ouvre le monde et il ouvre son propre cœur.

Il ouvre le monde d’abord : ce monde créé par Dieu, créé pour être libre, ce monde s’est en fait rendu lui-même captif : il se laisse emprisonner, et nous le voyons par la violence, la mort, tout le mystère du mal. À chaque fois qu’un être libre se détourne de son Créateur, qui est sa Source, à chaque fois il claque sur lui-même une porte de fer dont il perd la clé. Son autosuffisance devient sa prison et sa souffrance. C’est vrai de Satan qui librement s’est enfermé sur lui-même selon une sorte d’orgueil mystérieux qui ne nous est pas pénétrable. C’est vrai, dans une autre mesure aussi, de l’homme qui se laisse tromper et asservir par le mal, laissant proliférer la souffrance et la mort, dans ce monde qu’il devait pourtant dominer.

Mais Dieu, dans son infinie intelligence, et dans son infini amour, dans son infinie intelligence d’amour, a choisi une clé pour ouvrir de l’intérieur cette prison, du péché et de la mort, dans laquelle notre monde s’est enfermé. Cette clé, c’est donc la Croix. Le Mystère de sa propre mort et de sa Résurrection. Pourquoi ? Il s’est fait homme ! Il est descendu à l’intérieur de notre prison, devenant semblable à nous, jusque dans notre mort, et il descendu même dans nos enfers.

Désormais, l’impasse de notre existence a été ouverte de l’intérieur. Dans le péché même, nous pouvons nous laisser toucher par le Christ qui s’est chargé de nos chaînes. Et jusque dans notre mort, nous pouvons, nous pourrons nous laisser saisir par celui qui a brisé les portes des enfers et nous entraîne vers la vie éternelle.

C’est pourquoi Jésus n’a pas refusé la Croix. À ce crime, le plus grave, le plus injuste de toute l’Histoire il ne s’est pas soustrait, parce qu’en souffrant et en mourant ainsi, il pouvait briser le pouvoir du mal et libérer l’humanité captive de la mort.

La Croix n’apparaît pas seulement comme la clé qui libère le monde de sa prison, mais aussi la clé qui ouvre grand le cœur de Dieu et nous fait découvrir l’abîme de son Amour. Jamais nous n’aurions osé imaginer un Dieu pareil, un Dieu crucifié, un Dieu qui s’abaisse jusqu’à l’humiliation de cette Croix, brisant la puissance du mal en se faisant lui-même « pure faiblesse ».

Nous sommes pris de vertige devant ce mélange d’anéantissement et de victoire totale. La Croix nous dit que le fond de toute l’infinie puissance de Dieu n’est qu’Amour, Amour Don de soi, Offrande sans limite, Offrande toute puissante. Si Dieu n’était pas l’amour absolu, jamais il n’aurait agi ainsi. Si Dieu n’était pas l’amour absolu jamais il ne se serait abaissé jusqu’à ce point extrême, se perdant lui-même pour ne pas nous perdre, nous, ses créatures tant aimées.

La Croix devient véritablement un trône, parce qu’elle porte ce Roi de toutes choses dont la seule gloire infinie est d’aimer. La Croix est la clé qui ouvre en même temps les enfers et le cœur de Dieu. Les enfers pour qu’ils ne nous retiennent pas, le cœur de Dieu pour qu’il nous prenne en lui à jamais.

Alors, que le mystère de cette Croix ce mystère qui est la clé de véritable de toutes nos existences, que ce mystère d’amour ouvre nos propres cœurs dans une réponse de gratitude et d’amour.