mercredi 6 mars 2024

« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » / (456,844)

 Bonjour!

Jeudi  7 mars 2024

Voici la Parole de Dieu de ce jour...

ÉVANGILE

« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc 11, 14-23)

Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !
Maintenant, dit le Seigneur,                                                              
revenez à moi de tout votre cœur,
car je suis tendre et miséricordieux.
Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté ! (cf. Jl 2, 12-13)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
Jésus expulsait un démon qui rendait un homme muet.
Lorsque le démon fut sorti, le muet se mit à parler,
et les foules furent dans l’admiration.
Mais certains d’entre eux dirent :
« C’est par Béelzéboul, le chef des démons,
qu’il expulse les démons. »
D’autres, pour le mettre à l’épreuve,
cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit :
« Tout royaume divisé contre lui-même devient désert,
ses maisons s’écroulent les unes sur les autres.
Si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même,
comment son royaume tiendra-t-il ?
Vous dites en effet que c’est par Béelzéboul
que j’expulse les démons.
Mais si c’est par Béelzéboul que moi, je les expulse,
vos disciples, par qui les expulsent-ils ?
Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges.
En revanche, si c’est par le doigt de Dieu
que j’expulse les démons,
c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.
Quand l’homme fort, et bien armé, garde son palais,
tout ce qui lui appartient est en sécurité.
Mais si un plus fort survient et triomphe de lui,
il lui enlève son armement, auquel il se fiait,
et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé.
Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ;
celui qui ne rassemble pas avec moi disperse. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

-----

Commentaire...

Le combat entre Jésus et le démon fait rage depuis le début de la vie publique. L’affrontement au désert se poursuit chaque jour et culminera dans le triduum pascal. La lumière a surgi dans les ténèbres et les ténèbres se rebiffent. A mesure que l’ennemi perd pied et doit céder du terrain devant l’autorité de la parole de ce Rabbi de Nazareth, il mobilise de plus en plus ses complices « incarnés » et les lance à leur tour dans la bataille. D’ailleurs s’il veut arriver à ses fins il faudra bien qu’il fasse appel à eux pour supprimer ce gêneur.

Notons l’efficacité des manœuvres du dia-bolos. Il vient d’essuyer un sérieux revers : Jésus l’a chassé d’un homme qu’il tenait en son pouvoir. « La foule était dans l’admiration », rassemblée dans une commune action de grâce. Pas pour longtemps : une ombre passe, le doute s’infiltre dans les cœurs, le poison du soupçon fait son œuvre – élémentaire pour un serpent ! – et la division s’installe. Le débat devient même houleux : des voix s’élèvent pour accuser Jésus de complicité avec le chef des démons, d’autres « réclament un signe venant du ciel » ; l’évangéliste précise : « pour le mettre à l’épreuve ». Le Fils de Dieu est convoqué au tribunal des hommes pour avoir arraché un des leurs aux chaînes du Satan. 

Derrière la scène, c’est le drame du vendredi saint qui se prépare : l’ennemi teste ses troupes, évalue ses chances. L’affaire se présente bien : il aura suffi de quelques suggestions pour que la foule se retourne contre celui qu’elle adulait quelques instants plus tôt. Il est vrai que la manipulation des masses est le terrain de prédilection du Satan, celui où il excelle et où il a fait ses preuves.

« Jésus connaissant leurs intentions » : Notre-Seigneur voit bien qui « tire les ficelles ». Mais il sait que le démon n’a aucun pouvoir sur la liberté de l’homme, sauf si celui-ci le lui concède. Et même dans ce cas, Dieu préserve toujours un espace inaliénable afin que ses enfants puissent revenir vers lui. Jésus va donc essayer de les faire réfléchir afin que leur volonté, éclairée par la vérité, puissent se détourner du mal et reprendre la voie du bien.

L’argumentation en trois points du Seigneur est on ne peut plus classique : elle suit la structure des discussions rabbiniques : un argument de bon sens, une référence à la Tradition et enfin un rappel des Écritures. Le bon sens élémentaire nous enseigne que si les démons s’expulsaient entre eux, il y a longtemps qu’ils ne nous encombreraient plus : ils se seraient déjà autodétruits ! Hélas, ce n’est pas le cas : l’homme muet que Jésus vient de guérir en expulsant un démon en est la preuve. La Tradition transmettait des prières d’exorcismes qui étaient prononcées au nom du Dieu d’Israël : que les croyants qui les pratiquent soient eux-mêmes juges en cette affaire ! Enfin les Écritures n’annoncent-elles pas que « le doigt de Dieu » accomplirait des prodiges le jour où l’Éternel viendrait instaurer son Royaume ?

Debout, immobile au milieu de la foule agitée, Jésus vient de parler avec calme mais fermeté. Son autorité impose le silence. Portant un regard circulaire sur ces hommes qu’il aime et tente désespérément de rassembler comme un berger qui veut soustraire ses brebis à la menace du loup, il poursuit par une parabole. Le caractère militaire de sa comparaison trahit l’atmosphère de combat qui pèse sur la rencontre. Élevant la voix et articulant distinctement, comme pour être sûr que l’Adversaire – invisible mais bien présent – puisse l’entendre, Jésus prophétise solennellement l’issue du combat sans merci qui vient de percer au grand jour. Certes le démon est sûr de lui : qui pourrait le défier ? Ce qu’il ignore et découvrira bientôt à ses dépends, c’est qu’« un plus fort » s’est levé et est en passe d’intervenir pour triompher de lui et le dépouiller de son pouvoir.

Un instant, la foule a refait son unité autour de Jésus. Puis sournoisement les rumeurs recommencent. Notre-Seigneur sait bien que l’affrontement visible ne fait que commencer, mais d’une voix forte il lance un suprême avertissement, qui traverse toute l’histoire et rejoint chacun de nous au cœur de nos propres combats : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse ! » Que celui qui a des oreilles entendent.

Seigneur Jésus, donne-moi de choisir résolument ton étendard ! Ouvre mes yeux sur mes contradictions internes : toutes ces doubles appartenances qui stérilisent l’action de ta grâce dans ma vie. Je veux “suivre jusqu’au bout la route que tu prescris” (1ère lect.) pour connaître le bonheur de t’entendre dire : “Je suis ton Dieu” (Ibid.). Oui j’ai raidi ma nuque, j’ai prêté l’oreille aux doutes, aux propos qui t’accusaient, te dénigraient ; ma fidélité est vacillante. Mais toi Seigneur, n’es-tu pas le Tout-Puissant, le miséricordieux ? C’est pourquoi j’ose m’avancer devant toi en te rendant grâce pour ta victoire (cf. Ps 94). Je me prosterne devant toi et je t’adore car tu es « mon Seigneur et mon Dieu » (cf. Jn 20, 28). Accepte l’offrande de tout mon être : je la fais avec tout l’amour de mon pauvre cœur.

Abbé Philippe Link / Merci!

-----

Bonne journée!

Jean-Yves 


mardi 5 mars 2024

« Celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand » / (456,796)

 Bonjour!

Mercredi 6 mars 2024

Voici la Parole de Dieu de ce jour...


ÉVANGILE

« Celui qui les observera et les enseignera, celui-là sera déclaré grand » (Mt 5, 17-19)

Gloire à toi, Seigneur,
Fils du Dieu vivant !
Tes paroles, Seigneur, sont esprit et elles sont vie ;
tu as les paroles de la vie éternelle.
Gloire à toi, Seigneur,
Fils du Dieu vivant ! (cf. Jn 6, 63c.68c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Jésus disait à ses disciples :
« Ne pensez pas que je sois venu abolir la Loi ou les Prophètes :
je ne suis pas venu abolir, mais accomplir.
Amen, je vous le dis :
Avant que le ciel et la terre disparaissent,
pas un seul iota, pas un seul trait ne disparaîtra de la Loi
jusqu’à ce que tout se réalise.
Donc, celui qui rejettera
un seul de ces plus petits commandements,
et qui enseignera aux hommes à faire ainsi,
sera déclaré le plus petit dans le royaume des Cieux.
Mais celui qui les observera et les enseignera,
celui-là sera déclaré grand dans le royaume des Cieux. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

-----

Commentaire...

Si nous avons pris au sérieux la vie chrétienne, et notamment ce Carême, nous avons choisi le dépouillement. L’un de nous aura choisi de pardonner avec le sentiment de faiblesse qui l’accompagne avec le renoncement à faire valoir ses droits. Une autre parmi nous aura choisi de faire un don conséquent aux plus pauvres ; un autre aura commencé à exercer la correction fraternelle prenant le risque d’être rejeté.

Vient un moment où nous hésitions, où nous sommes inquiets, troublés, peut-être même anxieux : est-ce vraiment cela que Dieu me demande ? Dieu veut-il ce dépouillement ? La réponse vient clairement aujourd’hui : oui ! Oui, écoutez mon Fils, suivez-le, avec lui prenez le chemin de la pauvreté évangélique.

En ce dimanche, il faudrait que tous nous laissions Dieu marquer nos cœurs en profondeur par la Transfiguration de Jésus.

Laissons s’imprimer en nous le visage resplendissant de lumière de Jésus transfiguré. C’est un visage humain, très humain, familier de la vie, de la souffrance, et en même temps irradié de lumière, d’une beauté sublime. Un visage beau, beau, beau, qui brille en pleine nuit… et dont Moïse et Élie sont les garants qui nous mettent en confiance.

Laissons venir en nous la nuée lumineuse, avec son goût paradoxal d’une réalité incompréhensible comme un brouillard où l’on se perd, et d’une réalité qui nous guide très sûrement en pleine nuit. Un brouillard lumineux où nous perdons nos repères à nous, pour nous repérer en Dieu et y trouver une puissante sécurité intérieure.

Et laissons résonner jusqu’au profond de nous la voix du Père avec une autorité infiniment forte et infiniment humble : « Celui-ci est mon Fils, l’Aimé, écoutez-le ». La voix qui doit ultimement nous guider ce n’est pas celle du monde, c’est celle de Jésus.

Laissons entrer en nous aujourd’hui, le goût du ciel, le souffle de Dieu, la promesse de l’éternité.

Le monde, la vie sont pleins de sensations de toutes sortes : il s’agit aujourd’hui de laisser entrer en nous, une autre sensation qui imprègne cet au-delà de l’âme qu’est notre esprit. Une certitude du cœur qui est la certitude du Ciel, de ce Ciel où nous mène tout droit le dénuement vécu avec Jésus. Le Ciel, très beau, très sûr, qui goûte une joie qui n’a pas de limite une joie qui recueille éternellement tous les cœurs pauvres, tous les crucifiés de cette vie, les pardonnés, les tendressés, les abandonnés.

Voilà ce que nous goûtons en cette Eucharistie pour reprendre d’un pas plus confiant le chemin du dépouillement, le chemin de Jésus.

Abbé Philippe Link  -- Merci!

-----

Bonne journée!

Jean-Yves 

lundi 4 mars 2024

« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère » / (456,737)

 Bonjour!

Mardi 5 mai 2024

Voici la Parole de Dieu de ce jour...

ÉVANGILE

« C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère » (Mt 18, 21-35)

Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté !
Maintenant, dit le Seigneur,
revenez à moi de tout votre cœur,
car je suis tendre et miséricordieux.
Gloire à toi, Seigneur,
honneur, puissance et majesté ! (cf. Jl 2, 12b-13c)

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu

En ce temps-là,
Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander :
« Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi,
combien de fois dois-je lui pardonner ?
Jusqu’à sept fois ? »
Jésus lui répondit :
« Je ne te dis pas jusqu’à sept fois,
mais jusqu’à 70 fois sept fois.
Ainsi, le royaume des Cieux est comparable
à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.
Il commençait,
quand on lui amena quelqu’un
qui lui devait dix mille talents
(c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).
Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser,
le maître ordonna de le vendre,
avec sa femme, ses enfants et tous ses biens,
en remboursement de sa dette.
Alors, tombant à ses pieds,
le serviteur demeurait prosterné et disait :
“Prends patience envers moi,
et je te rembourserai tout.”
Saisi de compassion, le maître de ce serviteur
le laissa partir et lui remit sa dette.

Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons
qui lui devait cent pièces d’argent.
Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant :
“Rembourse ta dette !”
Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait :
“Prends patience envers moi,
et je te rembourserai.”
Mais l’autre refusa
et le fit jeter en prison
jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.
Ses compagnons, voyant cela,
furent profondément attristés
et allèrent raconter à leur maître
tout ce qui s’était passé.
Alors celui-ci le fit appeler et lui dit :
“Serviteur mauvais !
je t’avais remis toute cette dette
parce que tu m’avais supplié.
Ne devais-tu pas, à ton tour,
avoir pitié de ton compagnon,
comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?”
Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux
jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.

C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera,
si chacun de vous ne pardonne pas à son frère
du fond du cœur. »

– Acclamons la Parole de Dieu.

-----

Commentaire...

« ‘Seigneur, quand mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ?’ Jésus lui répondit : ‘Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois’. » 

La symbolique des chiffres utilisés ici nous renvoie à un passage du livre de la Genèse où nous entendons Lamek qui s’exprime ainsi devant ses femmes Ada et Cilla : « J’ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. C’est que Caïn est vengé sept fois, mais Lamek, soixante-dix sept fois » (Gn 4, 23-24). Avec Lamek, nous sommes confrontés à la réaction première de tout homme face au mal qui lui est infligé : la vengeance, qui ne peut prendre que des proportions démesurées.

Un peu plus loin, dans le livre de l’Exode, la loi du talion voudra limiter le déchaînement de la passion vengeresse de l’homme et mesurer la juste compensation d’une offense : « Vie pour vie, œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied, brûlure pour brûlure, meurtrissure pour meurtrissure, plaie pour plaie. » (Ex 21, 24-25). Un œil (et non pas deux !) pour un œil ; une dent (et non pas la mâchoire !) pour une dent abîmée…

Notre Seigneur Jésus Christ va aller bien au-delà de l’imposition d’un châtiment égal au dommage causé. En réponse à l’offense, il va appeler à pardonner et ce indéfiniment. Pour expliciter son commandement, il donne une parabole dont la mise en scène a pour but de mettre en pleine lumière la démesure de la miséricorde dont fait preuve le roi, qui accorde bien plus que ce que lui demandait son débiteur. En effet, « ému jusqu’aux entrailles », nous dit l’évangéliste, le roi devenu le « maître », non seulement « laisse partir » son serviteur, c’est-à-dire renonce à le vendre, mais il lui remet sa dette infinie (Dix mille talents, soit soixante millions de deniers qui auraient correspondu, à l’époque de Jésus, à soixante millions de journées de travail).

Quel contraste entre l’attitude du maître vis-à-vis de ce serviteur et celle de ce dernier envers son compagnon endetté, d’autant plus que celui-ci ne lui doit qu’une somme insignifiante (six cent mille fois moins) en comparaison de celle dont il vient lui-même d’être acquitté ! Le serviteur semble avoir complètement oublié la gratuité du don de la miséricorde dont il a bénéficié. Qu’il n’ait même pas songé à remercier son maître après la remise de sa dette en témoigne. Nous touchons ici la fine pointe de l’enseignement de notre Seigneur.

Au contraire de ce serviteur, garder présent à notre conscience la gratuité du don du salut dont le Père nous a fait bénéficier en son Fils Jésus-Christ devrait nous conduire à une attitude de miséricorde inconditionnelle envers nos frères humains, qu’elle que soit leur dette envers nous. Comme le disait Saint Jean-Paul II : « Le pardon est avant tout un choix personnel, une option du cœur qui va contre l’instinct spontané de rendre le mal pour le mal. Cette option trouve son élément de comparaison dans l’amour de Dieu, qui nous accueille malgré nos péchés, et son modèle suprême est le pardon du Christ qui a prié ainsi sur la Croix : ‘Père, pardonne-leur : ils ne savent pas ce qu’ils font’ (Lc 23, 34) » (Message pour la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2002).

Seigneur, aide-nous à nous engager sur ce chemin de la miséricorde. Puissions-nous recevoir chacune des offenses qui nous sont faites comme autant d’occasions de témoigner par notre pardon de quel amour tu nous as aimé, de quelle dette tu nous as acquittés et de quelle liberté nous jouissons désormais.

Abbé Philippe Link  / Merci!

-----

Bonne Journée!

Jean-Yves 

dimanche 3 mars 2024

Jésus, comme Élie et Élisée, n’est pas envoyé qu’aux seuls Juifs / (456,736)

 Bonjour!

Lundi 4 mars 2024

Voici la Parole de Dieu de ce jour...

ÉVANGILE

Jésus, comme Élie et Élisée, n’est pas envoyé qu’aux seuls Juifs (Lc 4, 24-30)

Gloire au Christ,
Sagesse éternelle du Dieu vivant.
    Gloire à toi, Seigneur.
J’espère le Seigneur, et j’attends sa parole
près du Seigneur est l’amour, l’abondance du rachat.
Gloire au Christ,
Sagesse éternelle du Dieu vivant.
     Gloire à toi, Seigneur. (Ps 129, 5.7)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

Dans la synagogue de Nazareth,
Jésus déclara :
« Amen, je vous le dis :
aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.
En vérité, je vous le dis :
Au temps du prophète Élie,
lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie,
et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre,
il y avait beaucoup de veuves en Israël ;
pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles,
mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon,
chez une veuve étrangère.
Au temps du prophète Élisée,
il y avait beaucoup de lépreux en Israël ;
et aucun d’eux n’a été purifié,
mais bien Naaman le Syrien. »

À ces mots, dans la synagogue,
tous devinrent furieux.
Ils se levèrent,
poussèrent Jésus hors de la ville,
et le menèrent jusqu’à un escarpement
de la colline où leur ville est construite,
pour le précipiter en bas.
Mais lui, passant au milieu d’eux,
allait son chemin.

– Acclamons la Parole de Dieu.

-----

Commentaire...

« Aucun prophète n’est bien accueilli dans son pays » : Jésus a perçu les pensées de ses concitoyens. Mais, il ne s’arrête pas à ce constat. Il va mettre en évidence la racine de leur refus de reconnaître en lui le prophète ultime annoncé en Isaïe 61. Pour ce faire, il va répondre à leur revendication d’un signe attestant sa messianité en reprenant deux épisodes de l’Ancien Testament : celui d’Elie et de la veuve de Sarepta et celui d’Elysée et de Naaman le Syrien (cf. Première lecture de ce jour).

Ces récits présentent deux grands prophètes d’Israël, Elie et Elysée, à un moment où ils sont envoyés par le Seigneur porter soulagement et guérison à des païens. En fait, ces deux passages de l’Écriture révèlent à Israël sa véritable mission : rappeler aux nations l’amour gratuit de Dieu pour tous. Israël doit être signe pour tous les peuples « étrangers » de la générosité et de la grandeur du Seigneur, signe qui les amènera à s’attacher, comme Naaman, à l’unique vrai Dieu. En Jésus, cette vocation universelle de l’élection d’Israël est portée à son accomplissement. En lui, Dieu se révèle à tout homme comme son Seigneur et son Sauveur.

Mais lorsque Jésus évoque ces épisodes relatifs à Elie et Elysée, saint Luc nous dit que « dans la synagogue, tous devinrent furieux. » Les juifs de Nazareth n’ont donc pas compris que le fait d’avoir été choisis par Dieu ne devait en rien les couper des autres nations, bien au contraire… En fait, ils se sont refermés sur leur élection c’est-à-dire sur eux-mêmes : Dieu nous a choisis, nous et personne d’autre. Ce Dieu est le nôtre, nous le connaissons bien, tellement bien que nous l’avons réduit à ce que nous avons pu saisir un tant soit peu de lui. Ce qui peut-être nous dépasse – sa révélation aux païens par exemple – nous l’avons exclu. En fait, nous nous sommes fait notre Dieu. Et c’est vrai que cela est tellement facile lorsque l’on croit avoir mérité peut-être son élection. On s’approprie tellement cette élection qu’à travers elle on s’approprie celui qui en est à l’origine. Mais au fond, n’est-ce pas là aussi parfois notre attitude vis à vis du Seigneur Jésus ? Cela vaut sans doute la peine de nous interroger.

En ce temps de carême, le Seigneur veut faire de nous les porteurs de la Bonne Nouvelle de son Amour et de sa Réconciliation auprès de ceux qui sont le plus éloignés de lui. Il veut ouvrir nos cœurs aux dimensions du sien.

Cette « opération », à cause de notre péché qui nous replie sur nous-mêmes, provoquera en nous sûrement des combats, des luttes violentes où Dieu pourra peut-être se trouver pris à partie.

Mais dans l’évangile, Jésus nous laisse déjà entrevoir sa victoire. Ils passent sans crainte au milieu de nos égoïsmes. Il trace un sillon au milieu de nos cœurs. Il ouvre une brèche au cœur de tous nos repliements narcissiques. A travers cette ouverture nous percevons au loin une colline : le Golgotha. En son sommet, la Croix : l’ultime déchirure qui ouvre les portes du ciel et donne accès à la vie éternelle. Il nous faudra mourir à nous-mêmes pour renaître à la vie. Alors nos cœurs pourront rayonner de l’Amour que Dieu porte à tout homme.

Que le Seigneur nous conduise durant ce carême sur ce chemin de conversion pour que chaque matin de notre vie puisse devenir une aube pascale qui célèbre et annonce le salut de Dieu apporté à tout homme. Comment pourrions-nous retenir pour nous-mêmes le don que le Père nous a fait en son Fils bien-aimé ?

Abbé Philippe Link / MERCI!-

----- 


 

Bonne journée!

Jean-Yves 


samedi 2 mars 2024

« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » / (456,697)

     Bonjour!  

Dimanche 3 mars 2024

Voici la Parole de Dieu de ce dimanche...

ÉVANGILE

« Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai » (Jn 2, 13-25)

Gloire au Christ,
Sagesse éternelle du Dieu vivant.
Gloire à toi, Seigneur.
Dieu a tellement aimé le monde
qu’il a donné son Fils unique,
afin que ceux qui croient en lui aient la vie éternelle.
Gloire au Christ,
Sagesse éternelle du Dieu vivant.
Gloire à toi, Seigneur.  (Jn 3, 16)

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean

Comme la Pâque juive était proche,
Jésus monta à Jérusalem.
Dans le Temple, il trouva installés
les marchands de bœufs, de brebis et de colombes,
et les changeurs.
Il fit un fouet avec des cordes,
et les chassa tous du Temple,
ainsi que les brebis et les bœufs ;
il jeta par terre la monnaie des changeurs,
renversa leurs comptoirs,
et dit aux marchands de colombes :
« Enlevez cela d’ici.
Cessez de faire de la maison de mon Père
une maison de commerce. »
Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit :
L’amour de ta maison fera mon tourment.
Des Juifs l’interpellèrent :
« Quel signe peux-tu
nous donner
pour agir ainsi ? »
Jésus leur répondit :
« Détruisez ce sanctuaire,
et en trois jours je le relèverai. »
Les Juifs lui répliquèrent :
« Il a fallu quarante-six
ans pour bâtir ce sanctuaire,
et toi, en trois jours tu le relèverais ! »
Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts,
ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ;
ils crurent à l’Écriture
et à la parole que Jésus avait dite.
Pendant qu’il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque,
beaucoup crurent en son nom,
à la vue des signes qu’il accomplissait.
Jésus, lui, ne se fiait pas à eux,
parce qu’il les connaissait tous
et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme ;
lui-même, en effet, connaissait ce qu’il y a dans l’homme.

– Acclamons la Parole de Dieu.

-----

   Commentaire...

Que pensait donc le psalmiste en écrivant : 
L’amour de ta maison fera mon tourment (Ps 69,10)? 
Que vient-il chercher dans le Temple, le Christ qui monte vers Jérusalem à l’approche de la Pâque (Jn 2,13)? Qu’attend-il de trouver dans le sanctuaire, 
le Fils du Père en marche vers ce haut lieu établi dans la ville sainte?

Il vient reconnaître, parmi les hommes, la présence vivante de Dieu au milieu de son peuple. 
Il vient chercher des cœurs tournés vers leur Seigneur, pour prier avec eux, comme un père, son Père et notre Père, son Dieu et notre Dieu.

Mais voilà qu’en ce lieu sacré, où Jésus vient pour se recueillir et adorer, le mercantilisme, la superficialité, la cacophonie, ont envahi le sanctuaire! 
Il trouve installés dans le Temple, nous dit saint Jean, les marchands de bœufs, de brebis et de pigeons, et les changeurs assis à leurs comptoirs (Jn 2,14).
 Venu en ce lieu pour y trouver une maison de prière (Is 56,7), il n’y découvre qu’un repaire de brigands, note saint Matthieu (21,13).
 Et là où il espère rencontrer des adorateurs, il tombe sur un champ de foire.
 Avec le bêlement des brebis, le meuglement des bœufs, le roucoulement des pigeons, et les vendeurs qui vocifèrent!

Alors éclate la colère de Dieu, non pas contre l’homme, mais contre tout ce qui empêche l’homme de se situer en digne fils de Dieu.
 En digne observateur de la loi des dix commandements (Ex 20,1-17).
 Car c’est aimer l’homme en vérité que de bousculer ce qui l’empêche de s’épanouir et d’être sanctifié.
 Ôtez cela d’ici, leur dit-il; ne faites plus de la maison de mon Père une maison de commerce ! (Jn 2,16).
Alors, vendeurs, acheteurs et changeurs sont chassés hors du Temple de Dieu, non pour être envoyés dans les ténèbres extérieures, mais pour être libérés de tout ce qui alourdit leur vie, afin de pouvoir, ainsi ramenés à l’essentiel, revenir dans le Temple en adorateurs tels que les veut le Père (Jn 4,23).

L’amour de la maison de Dieu fera mon tourment, annonçait effectivement le psalmiste.
 Si donc Jésus chasse aujourd’hui hors du Temple ce qui trahit le Temple, c’est pour sauver le Temple : rassemblement de fils en face de Dieu et rassemblement de frères autour du Père.
Tu n’auras pas d’autres dieux que moi, proclame la loi (Ex 20,1).

Qu’est-ce que le Temple de Dieu sur terre, sinon le lieu où réside sa présence parmi les hommes?
 Les prophètes d’Israël, déjà, disaient cela!
 Ce qui fait la valeur, la particularité, la gloire d’un temple, ce n’est pas la splendeur de son architecture, ni le volume de sa construction; c’est la présence intérieure qu’il abrite, la spiritualité qu’il porte.
 Sinon ce n’est pas un temple; c’est seulement un monument. 
Et un monument n’a jamais sauvé personne!

Depuis des siècles, le prophète Jérémie s’est évertué à faire comprendre que la présence de Dieu ne doit pas être enfermée dans un temple de pierres, mais s’inscrire d’abord au fond des âmes (31,31-34 ; 32,36-41). 
Aujourd’hui, sur l’esplanade de ce Temple de pierre, se tient un homme qui porte en lui tout le poids de la présence divine. 
Car en lui habite corporellement la plénitude de la Divinité (Col 2,9a).
 Le vrai Temple de Dieu, c’est donc lui! 
La vraie Demeure de Dieu parmi les hommes (Ap 21,3) est dans le cœur de cet Emmanuel.
 À partir de ce jour, le monde apprend qu’en vérité, Dieu est avec nous.

Abbé Philippe Link / Merci!

-----


-----

«Son corps sera un jour le vrai sanctuaire.»

«Le sanctuaire que Jésus est venu construire c'est le sanctuaire de son Église.»

«Son corps est le vrai sanctuaire de sa divinité.»

(Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire à Paris).

-----

Bon dimanche!

Jean-Yves 


vendredi 1 mars 2024

« Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » / (456,011)

 Bonjour!

Samedi 2 mars 2024

Voici la Parole de Dieu de ce jour...

ÉVANGILE

« Ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie » (Lc 15, 1-3.11-32)

Ta parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance.
Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j'ai péché contre le ciel et envers toi. 
Ta parole, Seigneur, est vérité,
et ta loi, délivrance. (Lc 15, 18)

Évangile de Jésus Christ selon saint Luc

En ce temps-là,
les publicains et les pécheurs
venaient tous à Jésus pour l’écouter.
Les pharisiens et les scribes récriminaient contre lui :
« Cet homme fait bon accueil aux pécheurs,
et il mange avec eux ! »
Alors Jésus leur dit cette parabole :
« Un homme avait deux fils.
Le plus jeune dit à son père :
“Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.”
Et le père leur partagea ses biens.
Peu de jours après,
le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait,
et partit pour un pays lointain
où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.
Il avait tout dépensé,
quand une grande famine survint dans ce pays,
et il commença à se trouver dans le besoin.
Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays,
qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.
Il aurait bien voulu se remplir le ventre
avec les gousses que mangeaient les porcs,
mais personne ne lui donnait rien.
Alors il rentra en lui-même et se dit :
“Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance,
et moi, ici, je meurs de faim !
Je me lèverai, j’irai vers mon père,
et je lui dirai :
Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.
Traite- moi comme l’un de tes ouvriers.”
Il se leva et s’en alla vers son père.
Comme il était encore loin,
son père l’aperçut et fut saisi de compassion ;
il courut se jeter à son cou
et le couvrit de baisers.
Le fils lui dit :
“Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.
Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”
Mais le père dit à ses serviteurs :
“Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller,
mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,
allez chercher le veau gras, tuez-le,
mangeons et festoyons,
car mon fils que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé.”
Et ils commencèrent à festoyer.

Or le fils aîné était aux champs.
Quand il revint et fut près de la maison,
il entendit la musique et les danses.
Appelant un des serviteurs,
il s’informa de ce qui se passait.
Celui-ci répondit :
“Ton frère est arrivé,
et ton père a tué le veau gras,
parce qu’il a retrouvé ton frère en bonne santé.”
Alors le fils aîné se mit en colère,
et il refusait d’entrer.
Son père sortit le supplier.
Mais il répliqua à son père :
“Il y a tant d’années que je suis à ton service
sans avoir jamais transgressé tes ordres,
et jamais tu ne m’as donné un chevreau
pour festoyer avec mes amis.
Mais, quand ton fils que voilà est revenu
après avoir dévoré ton bien avec des prostituées,
tu as fait tuer pour lui le veau gras !”
Le père répondit :
“Toi, mon enfant, tu es toujours avec moi,
et tout ce qui est à moi est à toi.
Il fallait festoyer et se réjouir ;
car ton frère que voilà était mort,
et il est revenu à la vie ;
il était perdu,
et il est retrouvé !” »

– Acclamons la Parole de Dieu.

-----


Commentaire...

Dans cette parabole qui est au cœur de l'Évangile de la miséricorde, Jésus nous révèle que le salut est le fruit de l’amour vivifiant d’un Dieu Père, qui persiste à nous considérer comme ses fils bien-aimés, quelles que soient nos rebellions (Éph 1, 5).

Dès les premières lignes, se pose un problème majeur : comment se fait-il que ce père, dont nous admirons les qualités humaines et spirituelles, ait « raté » à ce point l’éducation de ses deux fils ? Bien sûr je suis en train d’objectiver à outrance la parabole, mais ce questionnement peut nous amener à une découverte intéressante. Comment ne pas être sensible en effet à l’absence de mère dans ce récit ? Où est-elle passée ? Première réponse : le Dieu que Jésus met en scène est tout autant mère que père ; il est au-delà de cette distinction anthropologique. Certes, mais il n’en demeure pas moins que les fils ne semblent percevoir qu’une paternité étouffante, qui n’est pas tempérée par l’aspect féminin, maternel. Autrement dit, ils ne connaissent pas leur père, ou plutôt ils n’en connaissent qu’un aspect, et c’est ce déficit dans l’ordre de la connaissance qui explique leur comportement très dur envers cet homme plein de bonté. Reste à élucider la question : d’où vient leur aveuglement sur la véritable identité de ce père qu’ils côtoient quotidiennement ?

Peut-être faut-il remonter à un certain chapitre trois de la Genèse pour comprendre. Lorsque les Écritures parlent de Dieu, ils le désignent toujours de deux termes conjoints : Yahvé-Elohim. Le premier – le tétragramme sacré – désigne le « pôle » féminin, maternel en Dieu : sa miséricorde infinie, toujours disponible, sa tendresse compatissante ; le second désigne la polarité virile, paternelle : le Dieu digne de confiance parce que fidèle à ses engagements ; qui peut être exigeant pour ses enfants, car il s’engage à leurs côtés. La ruse du Serpent fut précisément de présenter un Dieu « amputé de moitié » : le Menteur ne parle à Eve que d’un Dieu Elohim, « oubliant » insidieusement les attributs de la tendresse et de la miséricorde, essentiels à la « carte de visite » du Dieu véritable : « Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité » (Ex 34, 6). Il est certain que devant le « paternel divin » que lui suggère le Serpent, l’homme ne peut que prendre peur et « se cacher parmi les arbres du jardin » (Gn 3, 8).

Depuis le péché des origines, la blessure reste ouverte : nous portons tous au fond de nous-même une secrète peur de Dieu, qui représente sans doute le plus redoutable obstacle sur le chemin vers lui. Aussi longtemps que nous n’avons pas intégré les deux aspects de Dieu, nous demeurons divisés entre le désir de nous jeter dans ses bras, et l’angoisse de nous faire écraser, manipuler, tuer.

Vu sous cet angle, les deux fils du père de la parabole sont bien des enfants de notre race : marqués par le discours mensonger du Serpent, ils ne parviennent pas à faire confiance à ce père, qu’ils soupçonnent d’être un rival, jaloux de leur bonheur, et qui veut les empêcher d’accéder à la maîtrise du domaine familial. Le premier se révolte et demande sa part pour échapper une fois pour toute à la logique du don qui préside normalement aux relations familiales – et d’une manière générale aux relations d’amour – chacun trouvant sa joie dans la dépendance de l’autre, afin que dans le don et l’accueil réciproque se construise l’unité. L’autre reste à la maison, mais il y vit comme un mercenaire, un serviteur rémunéré et non comme un fils : il ne connaît pas davantage la gratuité de l’amour paternel.

Tous deux auront à vivre une démarche de conversion profonde. Le premier à travers un long détours qui le conduira jusqu’au plus profond de la déchéance humaine, avant de découvrir qu’il n’a jamais perdu sa dignité filiale dans le cœur maternel de ce père qui le réenfante dans ses entrailles de miséricorde. Le second à travers la méditation de ces paroles, que Jésus redira à son Père durant la prière sacerdotale du jeudi saint : « Tout ce qui est à moi est à toi ». A vrai dire Jésus ajoutera : « … comme tout ce qui est à toi est à moi » (Jn 17, 9). Le père de la parabole attend la réciproque de son aîné : alors seulement sa joie sera parfaite, lorsque ses deux enfants seront réunis avec lui dans une même communion d’amour.

Certes, la parabole nous parle avant tout de Dieu, de sa miséricorde inconditionnelle, de sa joie d’offrir son pardon et de son désir de rassembler dans une même fête tous ses enfants dispersés. Mais le récit souligne également comment la démarche de conversion de chacun s’inscrit dans une histoire personnelle : pour chacun de nous, ce n’est qu’au terme d’un long combat – contre les fausses images de la paternité, contre les conceptions erronées de la liberté, contre la violence de nos passions – que nous avons entrevu peu à peu la vanité de notre prétention à l’autonomie, et que nous avons envisagé un retour vers Celui dont nous pensions nous être définitivement affranchi. Nous aussi nous n’avons découvert la paternité de Dieu que dans l’étreinte du Père, blotti tout contre ses entrailles de miséricorde. Sachons faire mémoire, le cœur débordant de reconnaissance, de ces moments fondateurs de notre cheminement de foi.

Abbé Philippe Link / Merci!

-----

Pensées pour l'évangile d'aujourd'hui

  • « La parabole du fils prodigue exprime de façon simple, mais profonde, la réalité de la conversion. La miséricorde se manifeste de façon authentique et naturelle, quand elle ratifie, promeut et tire du bien de toutes sortes de maux existant dans le monde et dans l’homme » (saint Jean-Paul II)

  • « Notre Dieu est un Dieu qui attend. Il est fidèle, Lui est fidèle à sa promesse, parce qu’Il ne peut pas se renier Lui-même. Il est fidèle. C’est ainsi qu’Il nous attend tous, tout au long de l’histoire. C’est le Dieu qui attend, toujours » (pape François)

  • « Le mouvement de la conversion et de la pénitence a été merveilleusement décrit par Jésus dans la parabole dite "du fils prodigue" dont le centre est "le père miséricordieux" (Lc 15, 11-24) : la fascination d’une liberté illusoire, l’abandon de la maison paternelle (…) ; le repentir et la décision de se déclarer coupable devant son père ; le chemin du retour ; l’accueil généreux par le père ; la joie du père : ce sont là des traits propres au processus de conversion (...) » (Catéchisme de l’Eglise Catholique, n° 1439)

Bonne journée!

Jean-Yves